Biographie de Pierre Chapo (1927-1986) : Le sculpteur du bois moderne
Une formation artistique inspirée par l’architecture
Pierre Chapo naît en 1927 à Paris. Initialement attiré par la peinture, il se tourne très vite vers l’architecture, un domaine dans lequel il entrevoit une manière plus concrète d’allier art et utilité. Il étudie à l’École des Beaux-Arts de Paris, où il se forme à l’architecture et découvre parallèlement l’importance de la matière et de l’artisanat. Très tôt, il montre un intérêt marqué pour les structures sobres et fonctionnelles, influencé par les principes du Bauhaus et de l’architecture organique de Frank Lloyd Wright.
Sa rencontre avec les œuvres de Charlotte Perriand, Le Corbusier ou Jean Prouvé, tout comme sa découverte du mobilier Shaker, va profondément marquer son parcours. Ces références nourrissent chez lui une réflexion sur l’habitat et la fabrication d’un mobilier simple, robuste et beau.
Les années de voyage : une quête de savoir-faire
Avant de s’installer durablement comme créateur de mobilier, Pierre Chapo entreprend plusieurs voyages formatifs à travers l’Europe et l’Amérique latine. Ces pérégrinations le conduisent à rencontrer des artisans, ébénistes et menuisiers, dont il admire le savoir-faire et la rigueur. Il visite notamment la Scandinavie, berceau du mobilier moderne, où il est séduit par l’usage du bois massif, la sobriété des formes et la place accordée à la main de l’artisan dans la création du mobilier.
De retour en France au début des années 1950, il met à profit ces influences pour penser un mobilier en rupture avec le mobilier industriel en vogue à l’époque. Il s’installe avec sa compagne, l’artiste Nicole Chapo, à Clamart, puis à Paris, où il ouvre en 1958 sa première galerie de mobilier, rue de Seine.
Une démarche d’artisan-designer unique
À partir de cette période, Pierre Chapo conçoit et réalise ses propres meubles, qu’il expose dans sa galerie parisienne. Il refuse l’idée d’un design purement intellectuel ou théorique, préférant travailler la matière lui-même. Chaque pièce est pensée dans une logique constructive, avec une exigence de qualité qui en fait des objets durables, ancrés dans le temps.
Chapo utilise principalement trois essences de bois : l’orme, le frêne et le chêne. C’est l’orme blond, devenu rare après les grandes maladies de l’arbre dans les années 1980, qui deviendra sa signature. Il développe un vocabulaire formel personnel, où les assemblages visibles, les proportions rigoureuses et les lignes pures évoquent une forme de modernisme rustique. Son mobilier, tout en étant fonctionnel, évoque parfois une architecture miniature.
Les modèles emblématiques : T22, S24, R08…
Durant les années 1960 et 1970, Pierre Chapo élabore un ensemble de modèles qui vont asseoir sa notoriété. Parmi eux, la table T22 à plateau rond et piétement en croix, la table T21 à piétement en X, les fauteuils S24 et S10 à l’assise en cuir tendu, ou encore l’enfilade R08 en orme massif figurent parmi ses créations les plus recherchées aujourd’hui.
Ses meubles sont souvent numérotés selon un système propre à son atelier, composé d’un code alphanumérique qui permet d’identifier leur typologie, leur date de création et parfois même leur provenance.
Chapo refuse les productions de masse. Il privilégie les petites séries ou les pièces sur commande, souvent fabriquées dans son atelier de Gordes, dans le Vaucluse, où il s’installe à partir de 1967. C’est là, dans cette Provence sauvage, qu’il poursuit son travail jusqu’à la fin de sa vie, formant de nombreux apprentis et collaborateurs.
Une philosophie du mobilier « habité »
Au-delà de leur qualité formelle, les meubles de Pierre Chapo traduisent une véritable philosophie de l’habitat. Pour lui, le mobilier n’est pas un simple objet décoratif mais un élément structurant de la vie quotidienne, porteur de valeurs de sobriété, de stabilité et de respect de la matière.
À une époque marquée par la standardisation, Chapo défend une éthique du travail manuel, de la lenteur et de l’authenticité. Il élabore ses assemblages avec précision, souvent sans clous ni vis, préférant les tenons, mortaises et autres techniques traditionnelles qui garantissent la solidité et la pérennité de ses meubles.
Une reconnaissance tardive, mais croissante
Bien que respecté dans les milieux du design dès les années 1960, Pierre Chapo reste relativement confidentiel du vivant. Il meurt prématurément en 1986, à l’âge de 59 ans. Son travail tombe un temps dans l’oubli, avant de connaître, au début des années 2000, une véritable redécouverte.
Depuis une quinzaine d’années, les prix de ses œuvres ne cessent de grimper, portés par une demande croissante pour les designers français de l’après-guerre, et un retour en grâce du bois massif et de l’artisanat. Les expositions, les publications et les galeries spécialisées contribuent à réévaluer la place de Pierre Chapo dans l’histoire du design du XXe siècle.
Un héritage vivant
Aujourd’hui, ses meubles sont recherchés pour leur beauté, leur robustesse et la qualité de leur exécution. Ils décorent les intérieurs les plus contemporains comme les maisons d’amateurs éclairés. Plusieurs de ses descendants poursuivent d’ailleurs la fabrication de certains modèles dans le respect des plans et méthodes originelles.
Chapo incarne l’union rare entre le geste artisanal, l’exigence formelle et une vision presque spirituelle du mobilier. Son œuvre, entre art et utilité, continue de fasciner les collectionneurs du monde entier.
En savoir plus sur Pierre Chapo
Si vous possédez un meuble signé Pierre Chapo ou attribué à son atelier, il est essentiel de le faire expertiser. Certains modèles, parfois rares ou mal documentés, peuvent avoir une valeur significative sur le marché actuel.
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